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Inachevée I

Quand l'imperfection devient une recherche de vérité


"Inachevée I" technique mixte Diane Rousseau
"Inachevée I" - technique mixte sur toile 30x30 cm

Il y a quelque chose qui me fascine dans l'inachevé : c'est ce temps suspendu qui contient ce qui est, ce qui a été et ce qui pourrait être.


Loin du lisse et de l'artificiel, l'inachevé est un peu comme une voie vers tous les possibles car il offre la part belle à l'imagination.


Pourquoi cette série que je débute avec des portraits de femmes, pas tout à fait achevés ? Peut-être pour montrer que la complétude est déjà présente dans l'inachevé et que l'œuvre aboutie dans sa finalité esthétique peut parfois devenir un masque.


Je le sais car je me suis moi-même longtemps réfugiée derrière la maîtrise technique.


Savoir faire, maîtriser son geste, produire une image aboutie : tout cela peut être rassurant. On sait où l'on va et l'on sait, à peu près, le résultat que l'on va obtenir.

Mais que se passe-t-il lorsque l'on quitte ce que l'on sait faire ? Lorsque l'on accepte de perdre un peu de cette maîtrise, d'expérimenter une autre gestuelle, de mettre le geste appris de côté pour aller vers quelque chose de plus instinctif ?


C'est une forme de dépouillement. Presque une mise à nu.


La technique n'est pas l'ennemie de la liberté, mais elle devient problématique lorsqu'elle sert à se protéger et à masquer l’artiste.


Car une oeuvre authentique est un peu comme les stigmates de l'artiste.


Je crois que lorsque l'on observe l'inachevé et que celui-ci nous questionne, il nous renvoie davantage à notre façon d'appréhender et d'accepter nos failles, nos manquements, nos renoncements. Et lorsque nous ne sommes pas à l’aise devant l'inachevé, cela parle beaucoup de nous.


Le besoin de finition aurait-il le pouvoir du masque, de la convenance avec laquelle il est beaucoup plus facile de composer ? Peut-être que regarder l'ombre dérange… Peut-être nous confronte-t-elle à ce que nous préférons habituellement masquer ?


Dans cette série de portraits, je travaille volontairement avec des brosses qui donnent une touche visible. Peut-être un clin d'œil aux pixels de l'intelligence artificielle, celle-là même qui nous offre des visuels de plus en plus sophistiqués et nous berce d'illusions. Car plus les images artificielles tendent vers une perfection visuelle convaincante, plus je ressens le besoin de chercher dans ma peinture ce qui ne peut pas être réduit à cette perfection.


La finitude est la suite logique du vivant organique.


La finition n'en n'est qu'une illusion esthétique.


Ma série “Inachevée” n'est pas seulement une réflexion sur l'imperfection. C'est aussi le récit d'un abandon progressif de la maîtrise comme protection.


J'ignore combien d'œuvres contiendra cette série… car elle-même est « inachevée ».

Mon exploration aussi.


Je n’ai pas besoin de savoir aujourd'hui où elle va aboutir.

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“Inachevée I”

technique mixte sur toile 30x30 cm

Diane Rousseau

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